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 Lobbying, what is it?

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caco012



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MessageSujet: Lobbying, what is it?   Sam 17 Juil - 7:43

La stevia


Un article très intéressant (comme souvent en ce qui le concerne) de JP Géné dans Le Monde 2.
Il est titré "Quand les lobbies se sucrent sur le dos de la stevia"

C'est l'histoire d'une plante. Une plante si extraordinaire qu'elle nous est interdite. Depuis des siècles les Indiens Guarani la consomment en Amérique du Sud où on l'appelle "la plante sucrée du Paraguay, son territoire d'origine. La Stevia Rebaudiana Bertoni, issue de la famille des asteraceae (pissenlit, tournesol, chicorée ...) a de petites feuilles vertes en forme de lance, peut atteindre 80 cm à 1 mètre, se récolte cinq fois par an durant six ans et donne de 15 à 35 grammes de feuilles séchées par pied. Le miracle est dans la feuille.

Elle n'est apparue en Europe qu'au XVIème siècle parmi les multiples denrées rapportés par les conquistadors. En 1899 Moises S. Bertoni, un botaniste paraguayen, en livre ma première description scientifique et soupçonne son incroyable pouvoir. Il écrira le premier article sur la stevia mais il faudra attendre 1931 pour identifier et baptiser la cause du miracle : la stevioside, molécule active qui sucre 200 fois plus que le sucre traditionnel. De plus la stevioside ne contient aucune calorie, l'idéal pour les diabétiques condamnés à la sucrette chimique.

Les Japonais ont compris depuis trente ans les avantages de ce produit 100% naturel, pouvant supporter la chaleur jusqu'à 200 °C, ne nécessitant que de petites doses et n'entraînant aucune dépendance. Chez eux la stevioside, une poudre blanche extraite de la stevia compte pour 40 % du marché des édulcorants. Dans douze pays (Corée du Sud, Chine, Brésil, Australie, Israël ...) on peut sucrer son café ou ses gâteaux avec de la stevia. Pas chez nous.

Claudie Ravel, fondatrice de la société Guayapi Tropical, est bien placée pour le savoir. Elle risque une double amende de 37000 euros pour avoir repris la vente de la stevia après une première condamnation en 2005. La DGCCRF et le ministre de l'agriculture invoquent une décision de la Commission européenne de février 2000 qui interdit sa "mise sur le marché communautaire en tant qu'aliment ou ingrédient alimentaire". Motif : l'innocuité de cette nouvelle plante n'aurait pas été prouvée, même se des millions de personnes l'utilisent depuis des décennies. On observera que démontrer l'innocuité d'un produit est beaucoup plus difficile que d'établir sa dangerosité. L'excuse parfaite pour justifier des choix plus politiques ou économiques.

C'est l'histoire d'une plante dont le principal défaut est d'être un concurrent naturel aux édulcorants de synthèse du type aspartame (Nutrasweet) sur un marché mondial de 1 milliard d'euros contrôlé par quelques grandes firmes internationales : Searle (filiale de Monsanto) et Cargill aux Etats-Unis. Les carrières respectives de l'aspartame et de la stevia aux Etats-Unis sont à cet égard instructives. En 1965 un chercheur de Searle qui se lèche les doigts après avoir touché un nouveau médicament pour les ulcères remarque la saveur sucrée de l'aspartame contenu dans la préparation. Pourquoi ne pas vendre cette substance chimique séparément comme additif alimentaire à destination des centaines de millions de gens interdits de sucre traditionnel ?

En 1983 Searle obtiendra de la FDA l'autorisation de la mise sur le marché de l'aspartame comme additif alimentaire. En dépit de nombreuses polémiques et d'études contradictoires soulignant les risques de tumeur chez l'animal, la FDA n'a pas cédé. Son directeur d'alors, le docteur Arthur Hull Hayes, nommé par Ronald Reagan, démissionnera quelques mois après avoir signé l'autorisation, accusé d'avoir reçu des cadeaux d'entreprises. Il entrera alors chez Searle, comme conseiller médical à la communication.

La FDA refuse à trois reprises d'homologuer la stevia, allant jusqu'à en interdire l'importation sur le territoire américain malgré les protestations des défenseurs de plantes sauvages dénonçant des mesures dictées par les lobbies du sucre chimique. L'embargo sera levé à l'occasion d'une nouvelle loi (1994) qui autorise les feuilles de stevia comme "complément alimentaire" (tisanes, etc.) mais interdit la stevioside comme "additif alimentaire" dans les sodas, yaourts et autres confiseries. Oui à la plante, non à ses extraits : tel est le tour de force réalisé par la FDA pour protéger Searle et les édulcorants de synthèse. Aux Etats-Unis on peut se faire une infusion à la stevia, mais pas sucrer son café à la stevioside. Dans l'Union européenne, sous la pression des mêmes lobbies, les deux sont toujours interdits.

Cette situation ne pouvait durer : les critiques à l'égard de l'aspartame se multiplient, de nombreux consommateurs s'en détournent et sa formule est tombée dans le domaine public. Coca-Cola, grand utilisateur d'édulcorant de synthèse dans ses boissons light, et Cargill, dont la division "Sweetness Solutions" est spécialisée dans les produits sucrants, ont rapidement compris l'intérêt de la solution stevia dans cette nouvelle conjoncture. Depuis plusieurs année les deux groupes ont mis en commun leurs efforts de recherche et sont parvenus à isoler un composant organique qui concentre toutes les facultés sucrantes de la plante : la rebaudioside baptisée rebiana. et le 15 mai dernier, divine surprise : le journal scientifique Food and Chemical Toxicology publie une étude établissant l'innocuité de la rebiana dans les boissons et aliments. Dans la foulée Cargill, sans attendre l'avis de la FDA, annonce que Truvia, un édulcorant à base de stevia rebiana, sera disponible fin 2008, la société Coca-Cola ajoutant qu'elle en aura l'usage exclusif pour les boissons. 24 brevets ont déjà été déposés par les deux firmes. La stevioside était interdite, longue vie à la rebiana ! On attend avec impatience l'avis de la FDA.



C'était l'histoire d'une plante interdite pour plaire aux uns puis reconnue pour satisfaire les mêmes qui en feront demain l'héroïne de leur rayon sucré à zéro calorie, après avoir ignoré son histoire et méprisé ses vertus.

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