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 Fisher, Roubini & Bernanke

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MessageSujet: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 16:33

Fisher, Roubini & Bernanke
Je profite du pull back qui prend forme, et du temps libre que cela me laisse pour rédiger ce petit article qui vous aidera à y voir plus clair sur les différents concepts qui circulent en ce moment.
Comme à l'accoutumée, je rappellerais que les analystes, les journalistes, les experts, sont les gens qui vous expliquent après coup, mais rarement avant, les phénomènes économiques de grande ampleur.

Après avoir passé un été 2008 relativement chaud en températures, et sur fond de flambée des prix du pétrole et des matières premières, la planète est subitement passée de la thèse du découplage économique aux conséquences hyper-inflationnistes, à la thèse de la déflation et de la dépression.>br />
Qu'en est-il vraiment ?

Tout d'abord, rendons à césar ce qui revient à césar. Un petit nombre d'économistes, tel Nouriel Roubini et d'amateurs éclairé, tel Loic Abadie ont très tôt remarqué que l'hypertrophie de la masse monétaire M3 ainsi que son accroissement parabolique, couplé à un taux d'endettement particulièrement élevé des ménages, avaient conduit à une bulle immobilière mondiale d'une ampleur inégalée, mais aussi à une inflation de tous les actifs tangibles échangeables sur la planète.

Or, il se trouve que cette configuration a eu un précédent de nature assez comparable en 1929 qui a aboutit à la grande dépression des années 30.

L'économiste Irving Fisher, auteur de la théorie quantitative de la monnaie, a vécu cette période amèrement (il a perdu beaucoup d'argent dans cette période). Il décrit le mécanisme de la déflation en 9 étapes, comme une réaction en chaînes que l'on peut résumer ainsi :

1. Désendettement par vente forcée et massive d'actifs
2. Contraction de la monnaie en criculation et réduction de la vélocité
3. Chute des prix
4. Baisse des cours de bourse, anticipations négatives de l'économie, faillites
5. Baisse des bénéfices, réduction de l'investissement productif, baisse de la production
6. Perte de confiance et pessimisme
7. Licenciements, chute des embauches
8. Augmentation de l'épargne, crainte des banques
9. Hausse des taux réels

Nouriel Roubini, dès le 7 septembre 2006, s'inspire largement de la thèse d'Irving Fisher et l'adapte à la situation en cours :

* Hypertrophie de M3
* Bulle immobilière
* Emprunteurs à risque (subprimes) en situation de faire défaut
* Taux réels élevés
* Banques exposées au risque de transformation, de défaut, avec fonds propres insuffisants.

Il va donc conclure que la hausse des taux réels pratiquée par la Fed va rendre insolvable les emprunteurs subprimes (car leurs mensualités s'ajustent en fonction des taux), ce qui causera des pertes colossales aux banques, qui elles-mêmes ne se feront plus confiance, et qui cesseront de distribuer du crédit. De cela découlera une récession, suivie d'une chute des prix de l'immobilier, forçant les ménages endettés à vendre, ce qui à son tour fera baisser les prix, etc..
Voilà où nous en sommes et où en sont, beaucoup d'analystes, économistes, et investisseurs aujourd'hui. Ils attendent la spirale sans fin, les files d'attente dans les rues, et la soupe populaire pour tout le monde comme en 1930.

Maintenant regardons ce qui s'est passé sous un autre angle.

L'arrivée de Ben Bernanke à la suite d'Alan Greenspan ne doit rien au hasard. Il arrive à son poste en octobre 2005. A ce moment, la situation de M3 est déjà préoccupante. En fait, Alan Greenspan, s'en était déjà alarmé, mais n'avait rien pu faire pour contrer la créativité croissante des banques. La transformation et le recyclage de l'argent prété, font partie de l'activité des banques, mais rarement les banques ont recyclé dans les siècles passés, plus de 8 fois les dépôts reçus. Or, les années 2000's sont des années qui voient se développer de façon légale, des instruments (titrisation, CDS) qui vont permettre aux banques de recycler l'argent jusqu'à 40 fois (voire plus en Europe). Alan Greenspan n'a donc pas les moyens d'arrêter M3! Le choix d'un chairman capable de gérer l'implosion de M3 (et ses conséquences) à la tête de la Fed est donc capital. Le choix se porte sur Ben Bernanke, un brillant professeur d'économie, diplomé du MIT et surtout spécialiste de la crise de 1929 !

Ben Bernanke prend d'emblée la mesure de la situation et comprend qu'il n'obtiendra rien des banques. Il va falloir passer par l'épreuve de force: casser Wall Street. Ce que n'a pas pu faire Alan Greenspan.

Alors que l'inflation remonte rapidement, et que Greenspan a déja remonté les taux directeurs, Bernanke va aller plus loin, plus haut, jusqu'à provoquer l'éclatement de la bulle. Cet éclatement viendra par l'insolvabilté des subprimes (ils ne pouvaient plus rembourser les échéances des prêts qui ne cessaient d'augmenter à mesure que les taux montaient).

Le premier acte peut commencer, les banques sont en difficulté, mais la Fed ne commet pas l'erreur de 29, elle fournit des liquidités, elle se substitue au marché. Le credit crunch fait que les banques ne se prêtent plus, mais la Fed joue ce rôle pour ne pas provoquer un désastre. Il faut affaiblir les banques, casser les lobbys, laisser couler les plus petites, mais il faut garder l'économie en vie.
Ainsi faudra-t-il laisser couler plusieurs petites banques, puis arriver à Lehman, qui servira de détonnateur au marché et provoquera l'effondrement propice à l'intervention des autorités. La FDIC et le trésor prennent les choses en main, et dorésnavant, les banques n'ont plus le pouvoir. Les lobbys sont morts, et la Fed peut recomposer le paysage à sa guise.

Le problème c'est qu'il faut entretemps éviter la déflation. Car si Bernanke a provoqué un collapsus mondial pour casser le pouvoir de Wall Street, il va lui falloir après cela réanimer le malade pour éviter le coma ou pire. Cependant, Ben Bernanke est une sorte de Dr House. Il sait qu'il faut parfois détériorer la santé du malade, pour mettre à jour un virus, le tuer et ainsi soigner le patient. Il sait qu'une fois le problème des banques résolu, il pourra relancer la machine. Hoover s'était opposé à l'intervention de l'état et à l'expansion de la masse monétaire pendant la crise. Erreure fatale. L'administration Obama va au contraire ouvrir les vannes. la Fed va donc contrer les 9 maux de la déflation. On va donc :
- Fournir la liquidité aux banques par l'intermédiaire directe de la Fed et maintenir la vélocité
- Faire baisser les taux réels
- Stopper l'hémorragie des ventes forcées en créant des structures de portage des biens immobiliers (au lieu de les vendre)
- Obliger les banques à renégocier les crédits, plutôt que d'opter systématique pour la saisie
- Obliger les banques à se recapitaliser et à faire la lumière sur leurs bilans
- Augmenter la monnaie en circulation
- Réduire les impôts et créer un choc positif (Obama)
- Et enfin faire plier l'IASCB pour assouplir la règle de mark to market qui amplifie la crise et a un rôle pro-cyclique (augmente les fonds propres dans un bull market et incite à s'endetter plus ; diminue les fonds propres dans un bear market et oblige à vendre). Ainsi si une banque devait vendre une maison saisie à un prix de 50% de sa valeur, la banque était obligée de valoriser le risque et l'ensemble de son patrimoine au prix de référence. ce qui est absurde)

La dernière étape étant justement l'assouplissement de cette règle de mark to market, qui devenait le véritable vortex de cette crise, y compris boursière, car les règles prudentielles obligeaient les banques à céder des actifs pour conserver leur ratio de solvabilité. Le hic, c'est qu'en vendant, elles accentuaient la baisse des prix, et elles devaient à nouveau vendre pour augmenter leurs liquidités.

La règle du mark to market a d'ailleurs été supprimée sous Roosevelt pour les même raisons. La comptabilité a pour mission de donner une image fidèle de la valeur d'une entreprise aux tiers. La comptabilité n'a pas pour mission d'influencer le marché et d'entraîner des changements de valeurs. Un actif financier peut s'évaluer sous différentes manières : discounted cash flow, Gordon Shapiro, Van. Il devient stupide par exemple de demander à une banque de provisionner un prêt fait à un client, sous prétexte que l'évaluation par le marché montre que son bien a perdu 30%. Si le client est solvable et si la banque montre qu'elle a un très faible taux de contentieux, il n'y a pas de raison de passer une provision colossale qui viendrait détruire les fonds propres de la banque et l'obliger à céder des actifs réels.

Cet assouplissement a été considéré comme quasi certain début mars. Les intervenants "rusés" ont senti que les banques allaient rebondir fortement si la mesure passaient, dès fin février, il était conseillé de se positionner spéculativement sur FAS, l'ETF financier à levier 3 afin de profiter du formidable rebond. Il fallait être particulièrement couillu à l'époque pour acheter (à 2,75), mais les smart money savaient que toutes les mesures étaient réunies pour éviter le pire. Le marché a donc subitement pricé une récession sévère, et non plus une dépression.

Que faire maintenant ?

Il reste toujours la situation préoccupante de la dette des états. Comme je l'ai indiqué maintes fois, le problème se reporte maintenant sur l'endettement des états. Cependant, il faut absolument prendre du recul sur les chiffres qui sont produits par certains blogs. Notamment, ces blogs utilisent des chiffres qui intègrent parfois les engagements de santé (medicare - medicaid) et les engagements de retraites. Ils en tirent des conclusions délirantes et de fin du monde. D'un pays à l'autre ces engagements ne sont pas comptablisés. c'est le cas en France et en UE. Si nous faisions ce type de comptablité, la dette française se chiffrerait à près de 8.000 milliards € en hypothèse basse (chiffre insee). Soit 400% du PIB.

Beaucoup mélangent aussi la dette extérieure et la dette publique, et en tirent de façon erronée des conclusions sur le dollar ou telle devise. La dette publique peut être détenue par sa propre population et il faut distinguer les prêteurs étrangers (voir les chiffres dans un de mes articles plus bas).

Bref, les ours vont encore gagner de petites victoires, mais ils ont déjà perdu la guerre.
Publié par Fut.Bot
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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 16:47

http://futbot.blogspot.com
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Glenmore



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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 16:57

Merci Sebi pour ce post plein d'optimisme et de recul.

Il montre en tout cas que la "main invisible" du marché, quand elle commence à être victime de Parkinson, doit toujours être guidée par des mesures étatiques nationales ... et de préférence concertées.

Pour Nicox, et d'ici 18 mois, l'augmentation de la CB liée à un partenaire solide et une AMM aux US et en Europe (sans oublier d'éventuels petits bonus) devrait être amplifiée par une franche reprise de l'économie mondiale.

En tout cas, on croise les doigts. tongue
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Nutriox



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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 17:10

On nous manipule (on nous ment on nous spolie comme dirait l'autre). Wink


Dernière édition par Nutriox le Mar 19 Mai - 19:55, édité 1 fois
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D@n (Daniel Beldio)



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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 17:23

Comme dirait Anne Roumanoff : "on ne nous dit pas tout" !...
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Michel1664



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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 17:37

A lire ce texte on à presque l'impression que toute la partition était déjà écrite depuis l'arrivée de Bernanke en Octobre 2005 ! J'ai un peu du mal à le croire.
AMHA on naviguais clairement à vue durant pas mal de mois (surtout fin d'année 2008) et on est pas encore tout à fait sortit du bourbier ! Je ne pense pas que Bernanke était tranquillement au commande en suivant sa feuille de route sans aucun stress ... (mais bravo quand même à lui de ne pas avoir répété les erreurs commisent en 29).

Pour le Mark to Market, c'est un vaste débat ... Mais effectivement il n'y à clairement pas que des avantages et celà ne donne pas une meilleur vision d'une comptabilité surtout quand les marchés ne fonctionnent pas ou très mal !
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mourgue



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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Mar 19 Mai - 17:48

Nutriox a écrit:
On nous manipule (on nous met on nous spolie comme dirait l'autre). Wink

Transcription de l'édito de Marc Fiorentino du 19 Mai 2009.

Grande bataille entre les banques américaines pour rembourser l'aide publique

Cela ressemble presque à une blague, à un gag. Il y a encore deux mois, on pensait que les banques américaines étaient toutes vouées à la faillite ou à la nationalisation, il y a encore deux semaines on pensait que le stress test provoquerait une panique et obligerait à des augmentations de capital massive, aujourd'hui on nous explique qu'il faut organiser le remboursement de l'aide gouvernementale par les banques pour éviter qu'elles se précipitent toutes en même temps. Chacun son tour, ne vous ruez pas vers la sortie. On est déjà certain que Goldman Sachs, JP Morgan et American Express auront leur visa de sortie anticipée...

Pourquoi tant de précipitation à rembourser l'aide gouvernementale?

Pour une raison trés simple. Pour une raison dont on nous explique depuis des mois qu'elle fait partie du passé à cause de la crise. Pour une raison contre laquelle le G20 s'est engagée avec sourires et photos à l'appui à combattre. Son nom: greed. L'appât du gain. Les banques veulent sortir du filet gouvernemental pour pouvoir spéculer, la seule source actuelle de revenus des banques, et pour pouvoir se payer salaires et bonus sans contraintes. Qui a dit que le monde avait changé avec la crise?

Et pourquoi le gouvernement a t'il besoin d'organiser ce remboursement?

Car tout le monde veut sortir ou presque même ceux qui n'en ont pas réellement les moyens. Morgan Stanley jure qu'elle a les moyens de continuer seul, State Street a levé hier 1.5 milliards de dollars pour voler de ses propres ailes. Même Bank of America hier encore moribonde se prend à rêver. On prend les mêmes et on recommence. Finalement Gordon Gekko avait raison, la devise de Wall Street ne changera pas: Greed is good
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MessageSujet: Re: Fisher, Roubini & Bernanke   Aujourd'hui à 21:37

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